Pas ma voisine Francine.

Cette Francine-là est morte il y a quelques années, dans son sommeil après une chute dans la rue.

Quelle perte, car Francine était notre journal parlé.

Quand elle se promenait avec son petit chien – après Doug, écrasé sur un passage piéton avenue d’Auderghem par un automobiliste qui n’avait pas vu la laisse derrière Francine, le même modèle en plus jeune, Quinci – elle tenait la bavette à tout le monde.

Et surtout, elle s’occupait de notre chatte quand nous partions en vacances.
Quand on revenait, Grisou avait doublé de volume.

Mais qu’est ce que vous lui avez donné à manger, Francine?

Rien de spécial, juste un peu d’américain…….

Et ça dans son accent ardenno-bruxellois unique.

Avec sa disparition la rue a perdu un peu de son âme.

Ils ne restent pas beaucoup de Bruxellois de souche: l’internationalisation court les rues, aussi à Etterbeek.

Accompagnée de deux phénomènes en apparence contraires: l’achat de maisons par des “Européens aisés” (pour ne pas utiliser d’autres mots) qui se fixent donc à Bruxelles, mais aussi la location d’appartements (fruit de la sous-division des maisons de maître) à des personnes, souvent jeunes, qui ne restent pas longtemps.

Difficile de créer une cohésion sociale avec des profils si différents.

Pourtant, notre première fête de quartier cette année fut un succès, malgré la drache.

 

Tout ceci pour dire que le quartier est en train de changer.

Et que le départ d’une autre Francine marque une nouvelle étape dans cette transformation inéluctable et pas forcément négative.

Celui de Francine la fleuriste.

Cette Francine-là est plutôt un monument dans mon premier quartier etterbeekois, de l’autre côté de la place Van Meyel.

Quand nous nous sommes installés à Bruxelles, en 1987, la rue Jonniaux avait encore une épicerie, et un magasin de produits laitiers.

Et bien-sûr la boulangerie Janssens, qui est toujours là.

Il y a 20 ans, la rue Général Leman était un quartier commerçant relativement vivant avec un côté village.

Il y avait le boucher Ivan avec Christophe, son fils du “huitième jour” et une vieille dame qui tenait un magasin de parapluies.

Et puis, bien-sûr il y avait Francine, juste en face de l’église Sainte-Gertrude.
Démolie en 1993 car elle risquait (?) de s’effondrer.

Depuis, la place respire, tandis que Francine s’est peu à peu essoufflée, faute de mariages, messes et enterrements, humus indispensable pour son petit magasin de fleurs.
Courageuse, elle a tenu bon jusqu’à ce dernier weekend de septembre 2013, date à laquelle elle est partie à la retraite.

Pour quitter Bruxelles.

Encore un icône dans la sphère des drones.

Une fois déménagé de l’autre côté de la place, j’ai continué à visiter Francine, comme client (même si la qualité laissait des fois à désirer faute de débit) et comme auditeur, car elle aussi était un journal parlé.

Longtemps elle a cru que l’église allait être reconstruite et que son commerce irait mieux, mais ce fut sans compter avec les lenteurs de l’administration et surtout avec les conflits entre les pouvoirs spirituels et temporels: fabrique d’église, évêché, œuvres paroissiales, commune d’Etterbeek, Région, et j’en passe…………

Il se peut que nous voyions une ébauche de projet descendre du ciel sous cette législature, mais pour Francine c’est trop tard.

 

Je suis passé la voir encore pendant sa dernière semaine pour un dernier bouquet de fleurs pas tout à fait fané.

Mais avant tout pour démonter le thermomètre émaillé publicitaire de sa façade qu’elle m’avait vendu pour un bon prix.

Cela faisait longtemps que j’avais un œil dessus.

En fait, ce thermomètre me rappelait les panneaux publicitaires en émail de ma jeunesse, de

la compagnie d’assurances RVS (Rotterdamse Verzekering-Sociëteiten), fondée en 1838.

Même en Belgique la RVS était connue pour cette image, logo dirait-on maintenant, d’un couple aisé, chapeau haut-de-forme, canne, parasol (parapluie?) et chien, tout en noir et blanc.

http://nl.wikipedia.org/wiki/RVS_Verzekeringen

Trouver cette image de la compagnie fondée à Rotterdam (lieu de ma naissance) à Etterbeek, en français évidemment, et découvrir (sur Wikipedia) que le père spirituel du logo est un certain Tjeerd Bottema, un Frison évidemment, Tsjeard de son vrai prénom….

Ah, que la vie fait bien les choses…… des fois.

Bref, je me devais d’acheter ce thermomètre en souvenir de Francine et d’un quartier qui n’existe plus.

En tout cas, qui a perdu sa chaleur d’antan.

Merci Francine.

 

Ps: Francine était fleuriste de mère en fille(s). Le très beau magasin de fleurs, pardon Artisan Bouquetier, place Jourdan appartient à une de ses soeurs. Mais c’est une autre histoire et surtout un autre quartier.

 

foto: AttributionShare Alike Some rights reserved by kevygee

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