(ou pour Bruxelles dans ses frontières actuelles?)

Le FDF et le MCC lâchent le MR

Le Soir Rédaction en ligne

lundi 23 février 2009, 12:35

Aernoudt fait imploser la fédération libérale à quelques mois du scrutin régional et européen. Le MR avec LiDé, ce sera sans nous, tonnent Maingain et Gosuin. Le leader du MCC, Gérard Deprez, renonce à se présenter sur une liste européenne MR. Sale temps pour Didier Reynders.

Ce lundi matin, Didier Reynders devait présenter la liste européenne du MR. L’occasion, estimait-il, d’accueillir en grande pompe Rudy Aernoudt, qui a rejoint les rangs réformateurs samedi après-midi. La fête n’aura pas lieu, avenue de la Toison d’Or. C’est que la fronde gronde au MR, sans que son président l’ait réellement perçue. La présentation a été annulée : la conférence de presse prévue à 15h a été annulée.

Le MR n’a toujours pas souhaité réagir à propos des entretiens accordés au « Soir » par le président du FDF, Olivier Maingain, et le député bruxellois Didier Gosuin. La présentation de la liste aux élections européennes, prévue ce lundi à 15h, a été annulée.

La faute au nouveau venu : les propos aux forts accents populistes de Rudy Aernoudt ont irrité plus d’un membre du parti. L’indignation était particulièrement vive au FDF. Olivier Maingain n’avait dès lors accepté qu’à de très strictes conditions l’intégration de Rudy Aernoudt sous la bannière MR.

« Mais je constate qu’il ne les respecte pas », s’énerve le président du parti amarante. Qui a dès lors décidé, avec les ténors de son parti, de larguer les amarres. « Le MR avec Aernoudt, c’est sans nous », dit-il au Soir.

Didier Gosuin n’assène pas autre chose : « Nous ne nous retrouvons plus ni dans le discours ni dans les idées », lâche l’ancien ministre régional. Les deux ténors du FDF se font l’écho d’une colère qui gronde, dans leur parti, depuis quelques jours. Et d’annoncer : « Nous pouvons nous présenter seuls aux élections, nous en avons le poids électoral. »

La suite des événements doit venir du MR, a indiqué lundi matin le porte-parole du FDF. Le parti a clairement signalé au MR que les positions de LiDé en matières communautaire, en particulier sur l’élargissement de Bruxelles, et socio-économique posaient un gros problème et qu’il ne pouvait accepter dès lors d’appartenir au même parti que Rudy Aernoudt, a-t-il rappelé.

Les griefs du FDF portent sur le caractère « ultra-libéral » des propositions de LiDé, qui vont à l’encontre de l’idée de libéralisme social à l’origine du MR. En quelque sorte, c’est toute la frange centriste des Réformateurs qui n’est pas respectée, dit-on au FDF.

Quant au plan communautaire, le FDF a fait de l’élargissement de Bruxelles l’une de ses revendications fondamentales, reprise par le MR, alors que LiDé se montre beaucoup plus nuancé.

« La remise en question des frontières n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs, Bruxelles est la capitale de ‘l’Europe sans frontière’. Dans un tel contexte, une discussion sur la révision des frontières est un non-sujet. Les frontières sont dans la tête des gens et c’est là qu’il faut les enlever », dit LiDé dans son programme qui envisage l’avenir de la Région sous forme d’une « Bruxelles-Métropole » fondée sur une coopération interrégionale.

Les libéraux démocrates acceptent également la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde si elle s’accomplit dans une double opération : l’instauration d’une circonscription fédérale pour élire une grande partie de la Chambre et du Sénat et l’adoption du principe de Bruxelles comme Région bilingue « avec une population et un enseignement bilingues, et bien entendu des listes électorales bilingues ».

Au FDF, l’on épingle l’incohérence qu’il y aurait à placer des candidats FDF et LiDé sur les listes MR aux élections régionales bruxelloises alors que leurs idées sur ces sujets sont totalement différentes. Le FDF tiendra un conseil général le 2 mars.

Le MCC renonce à se présenter sur une liste MR

Que va faire Didier Reynders ? Il ne suffira assurément pas de deux ou trois mots pour calmer le FDF. Or, le président du MR ne peut se permettre de perdre son appendice bruxellois, sous peine de renoncer, dès avant le scrutin, au leadership francophone.

Didier Reynders doit du reste faire face à un autre problème : Gérard Deprez, éjecté de la troisième place sur la liste européenne par Rudy Aernoudt, ne cache pas non plus son irritation. Seule différence : le MCC ne peut, lui, rêver d’un avenir isolé.

Le président du MCC, Gérard Deprez a fait savoir lundi qu’il renonçait à présenter sa candidature aux élections européennes sur une liste MR. M. Deprez estime ne pas pouvoir cautionner « la dérive droitière » du Mouvement réformateur.

« Les choses étant ce qu’elles sont, j’ai décidé de ne pas présenter ma candidature aux élections de juin 2009 sur la liste du MR », a fait savoir le député européen. « Je refuse de cautionner par ma présence la dérive droitière du MR qui, sous l’impulsion de la direction actuelle, s’engage sur la voie hasardeuse de l’ultralibéralisme et de l’opportunisme », a-t-il asséné.

Arrivé du PSC, Gérard Deprez a contribué avec Louis Michel et Olivier Maingain, à l’élargissement de la fédération PRL-FDF à sa composante MCC. La fédération est devenue ensuite le Mouvement réformateur. « Je tiens, à cette occasion, à exprimer publiquement l’amitié et le respect que je porte à Louis Michel. C’est lui qui a donné à beaucoup, dont j’étais à l’époque, l’envie de se rassembler sur un projet authentiquement réformateur où la dimension sociale était essentielle », a souligné M. Deprez.

Le président du MCC dit constater qu’à l’évidence, ce temps est révolu. « Rien de ce qui se fait actuellement ne va dans ce sens. J’en tire la seule conclusion possible ».

Ce n’est pas à LiDé à prendre une initiative, dit Aernoudt

Ce n’est pas à LiDé de prendre une initiative, a commenté lundi le président des libéraux-démocrates, Rudy Aernoudt. Selon lui, le problème qui se pose avec le FDF relève de la cuisine interne du MR. Il rappelle toutefois que le programme de sa formation est avant tout socio-économique et non communautaire.

« Pour nous, c’est très simple : on a fait un accord avec le MR dans son ensemble. Ce n’est pas à nous de prendre une initiative. Ce qui se passe pour le moment, relève de la cuisine interne du MR », a commenté M. Aernoudt, interrogé par l’Agence Belga.

L’élargissement de Bruxelles est l’une des pommes de discorde entre LiDé et le FDF qui en a fait l’une de ses revendications fondamentales. « Moi, je ne suis ni pour, ni contre mais, quand même, il faut être réaliste. Ce qui compte, c’est l’élargissement économique de Bruxelles. Je raisonne comme Bill Clinton : ‘It’s the economy, stupid !’. Le programme de LiDé est avant tout socio-économique. Le programme du FDF est avant tout communautaire. Selon moi, il n’y a pas de contradiction », a-t-il souligné.

Cerexhe (CDH) : « Nous ne fermons pas la porte au FDF et au MCC »

« Si le FDF claque la porte du MR, nous ne sommes pas opposés à un rapprochement avec le CDH », a déclaré le ministre bruxellois de l’Emploi Benoît Cerexhe (CDH) lundi matin sur les ondes de Bel RTL, suite à la menace de rupture avec les libéraux évoquée par plusieurs mandataires FDF dans le journal Le Soir.

« La Wallonie était jusqu’ici épargnée par le populisme. Grâce au MR, elle est contaminée à son tour », explique Benoît Cerexhe qui épingle le manque de cohérence du parti de Didier Reynders et n’exclut aucune alliance si le FDF et le MCC devaient quitter les rangs libéraux à cause de l’intégration de Rudy Aernoudt sur les listes européennes du MR.

« Il y a une frange du FDF plus sociale que l’autre. Nous nous sentons assez éloignés d’un poujadiste comme Alain Destexhe mais certains comme Didier Gosuin ont une conception plus proche de celle du CDH », note le ministre régional bruxellois. Quant à Gérard Deprez, son retour chez les humanistes n’est pas non plus exclu. « A partir du moment où sa formation politique adhère à l’ensemble du programme du CDH, pas à 80 % mais à 100 %, on ne ferme pas la porte », assure Benoît Cerexhe.

Interrogé enfin sur les conséquences d’une rupture entre le MR et le FDF sur le prochain scrutin bruxellois, le ministre régional conclut : « cela changerait évidemment la donne car il y aurait trois ou quatre partis sur le même pied d’égalité dans la capitale ».

(avec Belga)

Savoir Plus

Aernoudt est resté domicilié en Flandre

Quand, à la fin du mois d’octobre, Rudy Aernoudt annonce qu’il se lance dans l’arène politique wallonne, il fait valoir qu’il vient d’acheter une maison à Lustin (Profondeville). On croit alors qu’il y installe aussi son domicile officiel. Or ce n’est pas le cas : Rudy Aernoudt est toujours domicilié à Laethem-Saint-Martin où il possède une maison depuis belle lurette. “Si c’est le cas, affirme un libéral pas au courant, cela montre qu’il ne voulait pas participer au scrutin régional.” Car pour se présenter aux élections régionales, il faut être domicilié dans l’arrondissement où l’on dépose sa candidature au moins 6 mois avant le scrutin. Soit avant le 7 décembre.

En revanche, il suffit simplement de déclarer appartenir au rôle linguistique francophone pour participer au scrutin européen. ” Mais mon intention a toujours été d’aller aux élections européennes “, rétorque Rudy Aernoudt.

bron: Le Soir on line 23-2-09